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Ouest magazine n°11
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CULTURE

UNE CATHÉDRALE SANS MURS À VANNES


26 Février 2015

Une cathédrale sans murs à Vannes Une cathédrale sans murs à Vannes Une cathédrale sans murs à Vannes



L’histoire est moins simple. Elle commence à Vannes, où il est né en 1957, et à Rennes où il fréquente l’École des Beaux-Arts. Peter Briggs et Pierre Autoniucci, de quelques années ses aînés, y enseignent ouvrant des perspectives nouvelles.

Nous sommes dans les années 80 et l’art conceptuel occupe le devant de la scène de l’art contemporain. Pour Loïc Le Groumellec, comme pour Jean-Charles Blais et toute une génération de jeunes artistes, la question est de se forger un langage personnel. Comment
exprimer cet idéalisme romantique de la jeunesse ? Comment peindre l’absolu ? De manière étonnante, c’est la découverte de la « Bretagne pittoresque » publiée entre 1820 et 1878, regroupant dessins, gravures et lithographies, qui va ouvrir à l’artiste un univers de formes qu’il va s’approprier et décliner pendant près de trente ans.

Dès lors, la Bretagne, sa culture et le nom de Le Groumellec deviennent d’intéressants handicaps à franchir, des particularités à intégrer à l’œuvre. Loïc Le Groumellec a choisi de restreindre son registre thématique au menhir, à la maison, au paysage sans perspective, peints avec régularité et distance. Les « images-signature », bien qu’immédiatement identifiables, sont toutes différentes. La monumentalité qui s’en dégage n’est pas seulement liée aux formats très variables des toiles, mais à une singulière perception des formes, proche de celle des sculpteurs. En cela Loïc Le Groumellec décloisonne les genres. Il pratique une figuration qui ne raconte aucune histoire, ou peut-être faut-il la chercher ailleurs. D’abord, on ne voit rien ! L’œuvre est trop dense, trop minimale et donc complexe. Peu à peu on perçoit, pour entrer dans ce monde, la nécessité du temps.

Comprendre la couleur, qu’on ne peut réduire à du noir et du blanc, c’est saisir la singularité quasi maniériste de la matière inventée par le peintre. Son alchimie très personnelle, faite de laque noire, de motifs peints puis essuyés, produit des effets à la fois vibrants et glacés. Quand la familiarité avec l’œuvre s’est installée, on saisit de la douceur dans ces formes blotties. Les grosses pierres s’humanisent, penchées les unes vers les autres, elles semblent chuchoter. Alors on revient à Carnac et on voit que tout est là, différent.

" L'importance de la contemplation "

Lorsqu’on interroge Loïc Le Groumellec sur le sens de la chapelle éphémère, cette archaïque cabane de roseau, construite au cœur de l’exposition, il renvoie à Brancusi, le « paysan des Carpates » venu à Paris avec sa culture. Sa rencontre avec des formes neuves qui vont féconder en lui une pensée sur laquelle il construira son œuvre. Comme Brancusi, Loïc Le Groumellec fait partie de ces artistes conscients d’avoir reçu en don un trésor, une culture qui « garde la mémoire de ses mythes et en préserve les rites ». Mircéa Eliade, en 1967, écrit encore, « l’artiste qui bâtit son œuvre, ... alors même qu’il innove, remonte à l’aube des croyances... dégage les racines millénaires de l’inconscient collectif ».

Le titre de l’exposition de Vannes - « Une cathédrale sans murs » - emprunté à un poème de Guillevic, éclaire le choix électif du peintre. Les chapelles éphémères, jadis construites sur le parcours des troménies, résonnent symboliquement avec la quête profonde de l’artiste. Elles disent l’importance de la marche, de la station, du recueillement, de la contemplation. La chapelle signifie le sacré. Le tableau ex-voto devient lui-même objet sacré. Par son exposition on l’élève, comme une offrande faite au monde. Le tableau pour Loïc Le Groumellec est le vecteur de la pensée, l’objet d’une communication entre la terre et le ciel.

Exposition Une Cathédrale sans murs
Jusqu'au 29 mars 2015
La Cohue, Musée des Beaux-Arts Vannes (56)

Galerie Françoise Livinec
29/33 avenue Matignon • 75008 Paris





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